Post | March 2023 | Lent 2023 | 4 min read

Sauterelles et miel sauvage Partie 3 : DECEVANT (Jn 1,20)

Written by Fra' Georg Lengerke

Chers amis,


Pendant le Carême 2021, nous avons proposé en Allemagne un itinéraire spirituel à travers le Carême pour les membres de l'Ordre, les jeunes et les œuvres. Il s'intitulait "Sauterelles et miel sauvage" (Mt 3,4) - Jeûner avec Jean-Baptiste. Grâce à Emilie Verbeken, ces impulsions hebdomadaires ont également trouvé un écho en Belgique. C'est ainsi qu'est née l'idée de proposer et de publier les méditations de jeûne sur Jean-Baptiste pour les personnes intéressées dans d'autres pays. Je remercie chaleureusement Emilie Verbeken et Florentine Haeusgen pour cette idée et sa réalisation - surtout pour la traduction de l'allemand vers le français et l'anglais. Ce serait bien si, de cette manière, notre Saint Patron pouvait nous aider à vivre une période de conversion fructueuse.

A tous un temps de Carême béni et un renouveau de l'âme et du corps,


Fra' Georg Lengerke


À première vue, Jean le Baptiste est une déception. « Je ne suis pas le Christ ! » est le premier mot que le Baptiste prononce dans l'évangile de Jean.

Jean apparaît dans une atmosphère chargée, dans laquelle le peuple d'Israël attend le Messie : « Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ », raconte l'évangéliste Luc (3,15).


Jésus demande plus tard à la foule quelle avait été la nature de ces attentes : « Que vouliez-vous donc voir quand vous êtes sortis dans le désert ? » Un orateur souple comme un roseau, qui - selon le vent - s'incline dans n'importe quelle direction et satisfait tout le monde ? Ou bien un homme politique intelligent et élégant, qui s'en tient au pouvoir tel qu'on le trouve dans les cours de l'époque et de la nôtre ? (Mt 11,7-8) Ou une lampe dont on se réjouit un moment de la lumière pour ensuite continuer à marcher sans être éclairé ? (cf. Jn 5,35).


Jean est différent. Il est la déception, parce qu'il n'est pas celui que l'on attend, et le décepteur, parce qu'il démasque ce que nous avons mis à la place de celui que nous attendons et qu'il nous annonce. Il est l'homme du seuil - le « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste », l'appelle Jésus, et pourtant il le voit encore à la porte du seuil du Royaume des Cieux (Mt 11,11). Jean le Baptiste doit devenir l'homme du seuil pour tous ceux qui entendent sa voix et se préparent à recevoir Dieu en tant qu'homme en Jésus.


« Je ne suis pas le Christ ! » J'ai réfléchi à cette parole pendant une journée entière lors d'une retraite spirituelle. En fait, cette phrase n'a rien d'extraordinaire. Tout le monde me dirait : bien sûr que tu n'es pas le Messie, qu'est-ce que tu crois ?


Mais au fond de moi, souvent inconsciemment, j'essaie tout de même d'être mon propre sauveur. Là où je ne veux pas accepter de l’aide. Là où le besoin insatiable d'auto-optimisation me rend toujours plus irrécupérable. Là où le perfectionnisme me rend triste et enfin partout où j'ai besoin d'une aide divine et humaine et où j'essaie pourtant de me sauver moi-même sans succès et de me sortir du marécage par mes propres moyens.


Hier, la prière du jour disait : « Nous sommes voués à la mort et nous périssons sans toi ». Un tel renvoi à un sauveur ne nous prive pas de notre responsabilité personnelle. Car celle-ci signifie que nous sommes certes responsables de nous-mêmes, mais pas seulement devant nous. La plupart des gens n'auraient probablement aucune chance face à notre propre jugement ou à un autre jugement humain.


La déception consiste à reconnaître que je ne suis pas le Sauveur, mais un autre. Cependant, connaître cet autre et le laisser grandir dans ma vie est un bonheur impossible à remplacer et, en même temps, ce qui nous permet d'atteindre notre véritable grandeur. Car notre vraie grandeur consiste à devenir, en tant qu'amoureux, co-rédempteur du Rédempteur.


Ce qui est vraiment douloureux dans la déception, ce n'est pas la révélation de ma perception comme étant une tromperie, mais le fait sous-jacent que je me suis trompé ou que j'ai été trompé par d'autres. Plus mes attentes ou perceptions erronées étaient fixes, plus je dois être déçu à chaque fois si je veux connaître la vérité.

Voici donc un conseil pour le Carême : ne vous accrochez pas à vos déceptions. Tirez-en les leçons. Elles ne font que nous libérer (et souvent douloureusement) de la vue de la réalité. Et « Dieu nous embrasse à travers la réalité » (Willi Lambert).


Fra' Georg Lengerke


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